Notre camarade Aragon au moment même où les piquets de grève de Flins tombaient écrivaient les vers que l’on va lire.

Au sein même de la rédaction des LETTRES FRANÇAISES un mouvement a pris corps pour priver le poète et le révolutionnaire de la parole, pour l’empêcher de s’exprimer dans les colonnes du journal qu’il a fondé.

Le comité d’action poétique et prolétarienne réprouve cette atteinte à la liberté d’expression dans un milieu qui jusqu’à maintenant était à l’avant-garde du combat culturel prolétarien. Nous regrettons profondément que notre camarade Louis Aragon ait estimé, par discipline, faire passer le militant avant le poète, le centralisme démocratique avant les luttes ouvrières. Nous estimons donc de notre devoir de donner à ce poème la diffusion la plus large.

“Tu peux, Camarade Aragon renier ou démentir provisoirement tes POÈMES DES BARRICADES. Comme Galilé obligé de se rétracter, et toujours fidèle à ton ardente jeunesse révolutionnaire, tu auras ouvert la voie, une fois de plus à la jeune poésie.”

Sur les routes qui vont à Flins
Il y avait tant de polices
CRS CGT complices
Que l’on est resté en chemin

Les ouvriers de Flins se battent
presque sans aide et les menteurs
Ont appelé provocateurs
Ceux qui à leur secours se hâtent

Billancourt ne bougera pas
Les communistes sont aux portes
propriétaires d’âmes mortes
Ennemis du prolétariat

Ce soir les cheminots oublient
Comment faire marcher les trains
Quand il s’agit d’aller à Flins
Et partout les grévistes plient

Honteuse fin de ce printemps
Qui commençait aux barricades
Ne l’oubliez plus camarades
Le communisme a fait son temps.